Qu’appelle-t-on « confluence » ?
En Gestalt, la confluence désigne une atténuation de la différence entre soi et l’environnement : les contours du « je » et du « tu » se brouillent. La rencontre reste possible, mais la différenciation faiblit : on pense, ressent ou décide « comme l’autre » ou pour l’autre, sans vérifier ce qui nous appartient en propre. On est en accord total avec l'autre. Cela peut se manifester par une fusion, une symbiose ou une non-différenciation. Ce mécanisme est souvent utilisé pour faciliter les rencontres et l'ouverture permettant d'explorer les besoins et les émotions de l'autre.
Cela donne une impression que l'on est en harmonie avec l'autre.
La confluence n’est ni « bien » ni « mal » en soi : c’est un mode de contact et un mécanisme adaptif nécessaire. Elle peut apaiser les tensions, soutenir un lien comme lors des débuts d'une relation amoureuse. Mais lorsqu’elle se rigidifie, on se confond avec l'autre et cela appauvrit l’expérience et créer des malentendus. Cela entraîne une perte de soi et de ses besoins.
Où la confluence se joue : la frontière-contact
La frontière-contact est l’interface vivante où l’organisme (vous) rencontre l’environnement (l’autre, la situation). La confluence y apparaît comme une porosité :
- La différence (besoin, point de vue, rythme) peine à s’énoncer.
- Les signaux (sensations, émotions) sont vécus mais peu attribués : « est-ce moi ? est-ce lui/elle ? ». On adopte les goûts, les opinions ou les émotions de l’autre souvent sans même s’en rendre compte.
- La clôture d’une interaction laisse une impression d’inachevé (ce que j’ai voulu dire ou demander n’a pas vraiment eu lieu).
Comment la confluence perturbe le modèle en 7 étapes
En continuité avec le cycle de contact (sensation → conscience → mobilisation → action/contact → désengagement → assimilation → retrait ), la confluence a tendance à rendre plus flou plusieurs moments :
(2) Conscience : ce qui devient « figure » se colore de l’autre ; mes besoins et les siens ne se distinguent pas nettement.
(3) Mobilisation : l’élan s’affaiblit. Il est plus difficile d’orienter une action qui me corresponde.
(4) Action / Contact : à la frontière, les « oui/non » demeurent implicites ; demandes et limites restent sous-entendues.
(5) Retrait : la clôture devient confuse ; l’échange ne se dépose pas clairement, l’assimilation s’appauvrit.
Selon les situations, toutes ces étapes ne sont pas forcément touchées ; mais le fil du cycle perd souvent en netteté.
À quoi cela ressemble dans la vie courante
En réunion : vous approuvez une orientation sans l’éprouver vraiment ; après coup, un flou subsiste sur votre accord réel.
Lors d'un échange familial : vous parlez « au nom de nous » ; vos nuances personnelles restent indéfinies.
En Amitié : vous anticipez les attentes de l’autre au point que votre propre position devient difficile à retrouver.
Ces scènes n’impliquent pas d’erreur ni de faute ; elles décrivent un mode de contact où la différence est peu visible. Cela vient d'un besoin d'appartenance très fort et de sécurité affective. Cela remonte souvent à l'époque où l'enfant apprend qu'être lui dans sa singularité peut être dangereux ou provoquer des conflits. Il va alors tout faire pour être ce qu'on attend de lui, pour être aimé.
Confluence, fusion, accord : ne pas confondre
La confluence n’est pas qu’une « fusion » durable : elle peut être brève, contextuelle, parfois utile (éviter l’escalade, soutenir un passage délicat).
Elle se distingue d’un accord conscient : on peut partager une position tout en restant différencié.
Ce qui caractérise la confluence, c’est la diminution de la différenciation sans l’avoir clairement choisie.
Effets possibles sur la relation et sur soi
Quand la confluence se répète ou se rigidifie :
La relation devient moins ajustée : on répond à l’autre « en bloc », sans nuances.
Le cycle se dérègle : la décision se prend « avec l’autre en tête » plus qu’avec soi, la clôture laisse un reste flou.
On se coupe de sa singularité dans le contact avec l'autre pour ne pas être rejeté ou attaqué.
À plus long terme, on peut éprouver de la fatigue, une difficulté à poser des limites, ou un sentiment de désappartenance à ses propres choix.
Ce qu’il faut retenir
La confluence est un mode de contact où la différence entre soi et l’autre s’estompe.
Elle se repère à la frontière-contact et peut flouter des étapes clés du cycle (conscience, mobilisation, action/contact, retrait).
Elle n’est pas automatiquement problématique ; c’est sa rigidification qui appauvrit la qualité du contact et la clarté de l’expérience.
