Introduction
Après les différentes vagues de chaleur et les incendies de forêt impressionnants que nous avons connus cet été, certains d'entre nous peuvent ressentir une boule qui monte à la gorge quand les actualités arrivent sur leur écran de télévision ou de smartphone. Les mauvaises nouvelles sur le climat et le réchauffement climatique semble s'accélérer et s’aggraver.
Si c'est votre cas, vous n’êtes vraiment pas seul.e. Je rencontre, dans mon cabinet, beaucoup de jeunes clients, principalement, qui me confient être très angoissés par un futur qu'ils ont du mal à imaginer joyeux et serein.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- L’éco-anxiété a bondi de 20% en deux ans en France (données Observatoire de l’Éco-anxiété (OBSECA), 2026) ;
- Plus d’un tiers des Français en souffrent désormais (36% selon l’étude Obseca 2026) ;
- 80% des français se déclarent inquiets des conséquences du changement climatique dont 39% "très inquiets", selon le baromètre Yougov pour le huffPost, août 2026 ;
Ce malaise souvent silencieux exprime beaucoup de nous et de notre relation à l'autre : c'est le signe d'une sensibilité, d'une conscience et d'une empathie envers les autres êtres humains et les êtres vivants en général. Mais quand cette émotion devient paralysante, elle affecte votre santé mentale, vos relations et votre capacité à agir.
1 Et si, au lieu de combattre cette émotion, on apprenait à l’accueillir pour en faire une force ?
Déjà, définissons l’éco-anxiété
L’éco-anxiété n’est pas une dépression, une anxiété générale ou une maladie mentale. C'est même, pour certains experts, une réaction émotionnelle normale face à une menace réelle telle que le dérèglement climatique, la fonte des glaces, les catastrophes naturelles, l’extinction de la biodiversité, la pollution...
C'est "la peur chronique d'un cataclysme environnemental résultant de l'observation de l'impact apparemment irrévocable du changement climatique et de l'inquiétude qui en découle pour son propre avenir et celui des générations suivantes" (définition selon l'Association Américaine de Psychologie, APA)
Et les chiffres montrent une escalade inquiétante, comme dit dans l'introduction : plus de 20% d'augmentation dans la population française et plus d'un tiers des français en souffrent désormais. La tranche d'âge la plus concernée est celle des 25-34 ans, suivie des 15-24 ans et des 50-64 ans. On sait aussi que vivre dans une grande ville accroît cette éco-anxiété. (Source : Observatoire de l'éco-anxiété (Obseca), 2024-2026)
A noter que selon l'étude de l'ADEME de 2025 (Eco-anxiété en France, état des lieux, seuil de préoccupation clinique, variables déterminantes, mars 2025), les personnes les plus inquiètes n'éprouvent pas un mal-être diffus mais ont une projection anxieuse très ciblée sur le futur.
Quel est l'impact sur la vie quotidienne ?
L'éco-anxiété peut avoir les mêmes conséquences que les troubles anxieux :
- Troubles du sommeil ;
- Attaques de paniques ;
- Ruminations mentales
- Manifestations d'émotions à énergie basse comme la colère, l'impouissance, la peur, la tristesse, ...
Cela peut toucher aussi la relation de couple et la productivité au travail.
Et cela devient un problème quand :
- Cette émotion vous paralyse et vous empêche d’agir ;
- Vous la refoulez ou la jugez ("Je ne dois pas avoir peur") ;
- Elle envahit chaque moment de votre journée ;
- Elle affecte vos relations (isolement, irritabilité).
En gestalt humaniste, nous considérons que chaque émotion a un message. L’éco-anxiété vous dit quelque chose d’important sur vos valeurs, sur ce qui vous importe vraiment.
2 La gestalt humaniste : accueillir plutôt que combattre
Contrairement à beaucoup d’approches qui visent à faire disparaître l’anxiété, la gestalt humaniste propose quelque chose de différent : une présence bienveillante à ce que vous ressentez.
La Gestalt thérapie aide à vivre cette éco-anxiété autrement, en restant en lien avec soi, avec les autres et avec le monde.
Pourquoi cette approche fonctionne mieux :
Des approches thérapeutiques comme la gestalt humaniste montrent que :
- Refouler l'anxiété tend à l'amplifier
- L'accepter et l'explorer aide à réduire son intensité
- La transformer en action consciente améliore le bien-être
La Gestalt humaniste est aussi une approche qui ne sépare pas la personne de son environnement. La Gestalt part du contact entre l'organisme et son environnement (voir mon article sur la frontière-contact). Elle refuse la séparation nette entre "intérieur" et "extérieur", et voit la santé comme un "équilibre instable" fait d'ajustements permanents (Michon, Springer, 2019). Votre inquiétude n'est donc pas traitée comme un dysfonctionnement à corriger, mais comme une réponse à une situation réelle.
Voici comment :
1. Accueillir l’émotion avant d'agir
En séance, le travail porte sur ce qui se passe ici et maintenant : ce que vous ressentez dans le corps, ce que l'émotion vous dit de vos valeurs, ce que vous évitez.
Au lieu de penser "Je ne dois pas avoir peur", "C’est faible d’être anxieux face au climat", ou "j'en fais trop", nous apprenons à accepter l'émotion telle qu'elle est : "Je suis anxieux.se face à ces réalités et c’est ok. C’est humain. C’est même une marque de conscience."
Cette simple acceptation réduit déjà la tension interne.
2. Explorer ce que cette émotion vous dit
- Quel aspect du dérèglement climatique vous touche le plus ? (la biodiversité, les océans, les générations futures)
- Quelles sont vos valeurs que vous sentez menacées ?
- Qu’est-ce qui compte vraiment pour vous dans votre rapport à la nature ?
3. Retrouver une capacité d'action, seul·e et avec d'autres.
La Gestalt parle d'"ajustement créateur" : trouver une réponse nouvelle à une situation nouvelle. Les données vont dans ce sens :
- l'OBSECA observe que la "réorientation active" et le soutien perçu au travail sont associés à une meilleure satisfaction de vie (OBSECA 2026) ;
- une étude américaine (284 jeunes adultes) trouve que l'action collective, contrairement à l'action individuelle, atténue le lien entre anxiété climatique et symptômes dépressifs (Schwartz et al., Current Psychology, 2022).
Le lien, le contact avec d'autres, semble donc compter. C'est au cœur de la Gestalt.
L'important ici est de transformer l’émotion en action consciente
L’éco-anxiété peut devenir du carburant pour l’engagement : faire des choix alignés avec vos valeurs, agir à votre niveau (même petit), créer du lien avec d’autres conscients.
Et dans le couple ?
L'éco-anxiété peut toucher les projets de vie à deux. Dans une enquête auprès de 4 792 personnes ayant choisi de ne pas avoir d'enfant, 63 % citent l'écologie parmi leurs raisons (71 % chez les moins de 30 ans). Il s'agissait d'un échantillon de volontaires, non représentatif de la population (Debest, La Revue du Praticien, 2024).
Deux partenaires ne vivent pas toujours cette inquiétude avec la même intensité. L'un peut se sentir seul face à son angoisse, l'autre dépassé ou culpabilisé. Quelques repères pour en parler :
- parler en "je" : "Je me sens inquiet·e quand…" plutôt que "Tu ne te rends pas compte" ;
- écouter sans chercher à rassurer trop vite ni à minimiser ;
- chercher ce qui compte pour vous deux, et ce que vous pourriez faire ensemble.
En thérapie de couple, la Gestalt aide à rendre visible ce qui se joue entre vous, pas seulement en chacun.
3 En conclusion
Votre éco-anxiété dit quelque chose de votre attachement au vivant. Elle devient un problème quand elle vous isole, vous empêche de dormir ou de vous projeter. La Gestalt-thérapie offre un espace pour l'accueillir, comprendre ce qu'elle révèle de vos valeurs et retrouver une capacité d'agir, seul·e ou à deux.
Et vous, comment vivez-vous ces inquiétudes ? Si vous vous sentez concerné.e, vous pouvez me contacter ou prendre RDV pour une première séance dans mon cabinet à Toulouse Esquirol.
