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      Anxiété et vie moderne : naviguer sans se perdre

      Anxiété au travail, FOMO, surcharge numérique… Ce que l'époque fait à notre système nerveux, et ce que la Gestalt humaniste peut changer.

      · Gestalt-Thérapie,Santé mentale

      Floriane Descotes · Gestalt praticienne humaniste à Toulouse · Lecture : ~8 min

      Ça y est, l'automne est là. Après la saison estivale qui favorise l'ouverture à l'extérieur, vers les autres, octobre nous invite à nous reconnecter à nous, à rester plus dans notre cocon, à plus d'introspection.

      Les journées deviennent plus courtes. Le temps est à la grisaille. Et notre humeur s'en ressent. Notre énergie est plus basse et on voit alors des questions plus existentielles refaire surface.

      Octobre, c'est aussi le mois de la santé mentale et cette année plus que jamais, puisque la santé mentale a été désignée comme Grande Cause Nationale.

      Aujourd'hui, j'avais envie de vous parler d'anxiété. On retrouve fréquemment ce terme dans les publications. Mais c'est quoi, au juste, l'anxiété ?

      01 L'anxiété en 2026 : une réalité qui dépasse les chiffres

      On confond souvent dans le langage courant stress, anxiété et dépression. Voici quelques éléments de distinction.

      Le stress

      Une réaction normale et naturelle du corps face à une situation difficile, menaçante ou jugée comme telle. Il génère des réponses physiologiques et mentales qui permettent de s'adapter et de faire face. Il est essentiel mais s'il se répète, il peut devenir chronique et affecter gravement notre quotidien.

      La dépression

      Une maladie psychique qui se caractérise par une perte de plaisir et d'intérêt pour ce qu'on aime, parfois une profonde tristesse, un sentiment de désespoir, une perte de motivation. Elle peut s'accompagner de pensées morbides, selon qu'elle est légère, modérée ou sévère.

      Il existe aussi une dépression saisonnière, qui affecte certaines personnes quand l'exposition au soleil est la plus faible, pendant l'automne et l'hiver.

      L'anxiété — deux réalités à distinguer

      L'anxiété comme émotion est une réaction normale du corps face à des situations de danger ou stressantes. Elle se caractérise par de l'inquiétude, de la tension, parfois une peur excessive, qui se manifeste par des réactions psychologiques ou physiques.

      Le trouble anxieux, quant à lui, est un trouble émotionnel qui conduit à un sentiment d'insécurité persistant. Il se distingue de la peur, qui répond à un danger réel et immédiat.

      L'anxiété-émotion est une réaction à un stress. Tout le monde l'a ressentie avant un examen, quand on s'inquiète pour la santé de ses proches, lors d'un accident. C'est une réaction normale d'adaptation aux stimulations extérieures.

      Là où elle devient pathologique, c'est quand elle devient permanente, qu'elle survient sans raison identifiable, et qu'elle génère des comportements d'évitement (ne plus sortir, ne plus conduire…) ou des comportements compulsifs (vérifier, ressasser, chercher à se rassurer en boucle). Ses manifestations physiques sont nombreuses : le cœur qui s'emballe, les muscles tendus, les mains moites, la gorge nouée, des troubles du sommeil, des problèmes digestifs.

      La différence clé avec le stress ? Le stress répond à quelque chose de présent et identifiable. L'anxiété, elle, est déclenchée par l'anticipation d'une menace, d'un futur imaginé.

      On parle d'anxiété d'anticipation : la personne imagine ce qui pourrait arriver de la pire façon possible, avec des scénarios catastrophes. Une de mes clientes m'a dit qu'elle faisait cela pour être préparée à toutes les éventualités difficiles. Cela la rassurait — et paradoxalement, cela augmentait aussi ses angoisses.

      6,3 % des adultes de 18 à 79 ans ont un trouble anxieux généralisé (TAG) en 2024

      30 % d'entre eux n'ont aucun recours aux soins en lien avec leur santé mentale

      12,5 % de la population présentait un état anxieux en 2021, avec un ratio femmes/hommes de 3 pour 1

      Ces chiffres mesurent des réalités différentes : le TAG est un diagnostic clinique précis, les états anxieux couvrent tous les degrés d'intensité. Sources : Baromètre Santé publique France 2024 ; BEH n°14, 2025.

      02 Ce que la vie moderne fait à notre système nerveux

      Maintenant que nous avons vu ce qu'est l'anxiété, intéressons-nous à ce qui se passe dans notre corps lors d'un épisode anxieux.

      C'est l'amygdale, élément essentiel de notre cerveau émotionnel, qui détecte les menaces et active les réponses adaptées. Elle fonctionne de façon binaire et hors conscience : soit "c'est sécuritaire", soit "ce ne l'est pas". Il n'y a pas de nuance.

      L'information est traitée immédiatement, sans réflexion. Si je fais une crise de panique lors d'une prise de sang, mon amygdale fera le lien : prise de sang = danger.

      De plus, le cerveau ne distingue pas un danger réel de l'arrivée d'un mail urgent. Il traite les deux avec le même niveau d'alerte. On comprend que réagir à une menace vitale et réagir à l'email de son chef ne se placent pas tout à fait au même niveau.

      C'est ensuite le cortex préfrontal qui évalue la situation et inhibe les réponses impulsives de l'amygdale. Si le cortex préfrontal est hypoactif comme souvent en cas de stress chronique, cela entraîne des réactions émotionnelles disproportionnées et une incapacité à réguler l'anxiété.

      Enfin, le cortisol, "hormone du stress", est sécrété ponctuellement pour faire face à un danger. Produit en continu, il devient toxique : risques cardiovasculaires, baisse immunitaire, problèmes métaboliques, troubles du sommeil… La liste est hélas non exhaustive.

      Ce mécanisme, utile à petites doses, est mis à rude épreuve par notre mode de vie actuel.

      Dans mon cabinet, je vois beaucoup de jeunes de 25-30 ans qui me parlent de leur FOMO (Fear Of Missing Out) — cette anxiété de passer à côté de quelque chose, amplifiée par les réseaux sociaux qui montrent la vie "idéale" des autres. Ils s'obligent à être de toutes les fêtes, sorties, groupes WhatsApp au cas où ils manqueraient quelque chose de précieux. Il en résulte une surstimulation de la vie sociale et une fatigue chronique.

      Le philosophe Zygmunt Bauman observait, avec son concept de "modernité liquide", que dans notre monde saturé d'options, l'anxiété vient plus de l'excès que du manque. Au fond, c'est souvent une peur du rejet social — une peur primaire.

      L'hyperconnexion au travail est l'autre grand facteur. Beaucoup de mes clients ne parviennent pas à couper : ils vérifient leurs mails en vacances, gardent le téléphone professionnel allumé le week-end, anticipent en permanence les sollicitations.

      En 2025, une personne reçoit en moyenne 157 mails par semaine, un manager 243, un dirigeant 390, des heures de traitement rien que pour la messagerie. (Source : Observatoire de l'Infobésité et de la Collaboration Numérique.)

      L'être humain fonctionne par alternance d'engagement et de récupération. Ici, la phase de récupération est supprimée. Le cerveau sollicité en continu génère une surcharge mentale, une impression de travail inachevé, une perte de clarté dans les priorités et fragilise durablement la confiance en soi. La généralisation du télétravail aggrave le phénomène en effaçant les dernières séparations naturelles : les trajets, les pauses informelles, la frontière physique entre sphère personnelle et professionnelle.

      À cela s'ajoute une anxiété de performance qui touche tous les domaines : travail, école, sport, loisirs, vie familiale et tous les âges : une recherche de perfection permanente, dans la peur d'échouer.

      03 Signal ou bruit de fond ?

      Ressentir de l'anxiété avant un entretien d'embauche, un examen, une opération est tout à fait normal et même souhaitable. Elle nous mobilise, nous met en état d'alerte. Elle remplit sa fonction : nous indiquer que quelque chose d'important est en jeu.

      Le problème, c'est quand elle ne s'arrête plus.

      Quand l'anxiété devient chronique excessive ou inappropriée pendant plus de six mois, elle perd sa fonction originelle. Elle n'informe plus. Elle paralyse. Au lieu d'aider à traverser une situation difficile, elle l'empêche. Au lieu de signaler un danger réel, elle en invente partout.

      Ce qu'on observe alors, c'est une personne qui vit en permanence dans un futur imaginé dans des scénarios, les "et si", les catastrophes anticipées. Le cerveau tourne en boucle sur ce qui pourrait arriver, sans jamais s'arrêter sur ce qui est là, maintenant.

      "Je sais, je suis encore en train de m'imaginer le pire. Je n'arrive pas à être dans le présent."

      Une cliente, en séance

      L'anxiété chronique est une façon de ne pas être dans le présent. C'est une fuite involontaire et épuisante vers un futur qui n'existe pas encore.

      Et c'est précisément là que la Gestalt humaniste a quelque chose à dire.

      04 Ce que la Gestalt humaniste voit autrement

      En Gestalt humaniste, on part du concept de frontière-contact : la façon dont nous entrons en relation avec notre environnement (les personnes, les lieux, les situations) en tant qu'organisme face au monde.

      En cas d'anxiété chronique, cette frontière-contact est mal calibrée. Nous percevons un danger là où il n'y en a pas, et nous réagissons en fermant cette frontière (comportements d'évitement) ou en la rendant trop poreuse (comportements compulsifs).

      Le principe fondateur de la Gestalt est l'ici et maintenant : on revient toujours au présent, à ce qui se passe là, pour moi, en ce moment. Le passé, on le voit avec les yeux d'aujourd'hui, pas avec ceux qu'on avait à l'époque. Le futur ? Par définition, on ne sait pas ce qui va se passer. L'anxiété, elle, vit dans ce futur imaginé. La Gestalt invite à revenir à ce qui est réel, maintenant.

      L'anxiété chronique, c'est aussi une émotion bloquée. Dans le cycle du contact (ce processus par lequel une émotion apparaît, est accueillie, nommée, vécue, puis se dissipe naturellement), l'émotion anxieuse ne se déploie pas et ne se termine pas. Elle reste enfermée dans des ruminations, des phobies, des troubles paniques, des troubles obsessionnels compulsifs (TOC).

      Ce blocage génère des interruptions de contact caractéristiques :

      La rétroflexion : l'émotion est retournée contre soi, souvent par des manifestations physiques comme des tensions, des maux de tête, de l'oppression thoracique parce qu'elle ne peut pas s'exprimer autrement.

      La déflexion : on évite le contact émotionnel en changeant de sujet, en minimisant, en faisant de l'humour, tout pour ne pas vraiment ressentir.

      05 Ce qui se passe concrètement en séance

      En Gestalt thérapie, nous ne faisons pas que "parler", loin de là. J'invite mes clients à

      redescendre dans leur corps : ressentir ce qui s'y passe, repérer les tensions, percevoir s'il y a une oppression, observer comment ils respirent. Nous allons aussi identifier s'ils peuvent ressentir une émotion, la conscientiser, lui donner un nom.

      C'est un travail essentiel, que nous n'apprenons pas à l'école et que les parents n'ont souvent pas les clés pour transmettre.

      J'apprends également à mes clients à distinguer ce qui appartient au passé, à un futur imaginé, et au présent réel. Il m'arrive souvent d'entendre : "Mais je sais déjà comment il va réagir." C'est très courant et cela met la personne dans une énergie totalement différente que si elle se disait : "Même si je connais cette personne, elle a son libre arbitre et peut me surprendre." C'est d'autant plus difficile quand il s'agit de quelqu'un de très proche.

      Mes clients apprennent aussi à reconnaître les signes physiques et psychologiques de leur anxiété, à y mettre de la conscience quand elle arrive, et à se questionner sur le pourquoi de cette anxiété et sur la réalité du danger perçu.

      Le but n'est pas d'effacer l'anxiété, mais de lui rendre sa fonction originelle : vivre de façon plus souple, regagner de la confiance en soi, et être un peu plus là, vraiment là, dans sa propre vie.

      Si vous vous êtes reconnu·e dans cet article, peut-être est-ce le bon moment pour en parler. La première séance est souvent l'occasion de mettre des mots sur ce qu'on porte depuis longtemps.

      Rappel important : 30 % des personnes souffrant d'anxiété ne consultent jamais, pas parce que cela ne vaut pas le coup, mais souvent parce qu'on attend que cela passe, ou qu'on ne sait pas à qui s'adresser.

      Si vous hésitez, écrivez-moi. Un échange de quelques lignes suffit parfois à décider.

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